Pôle emploi : la CGT propose le « clean management »

Le management à Pôle emploi s’inscrit de plus en plus dans une logique de rendement, au détriment des intérêts des salariés et des usagers. Le CGT pense qu’une autre forme de management est possible.

Chaplin a incarné le contrôle des corps dans « Les Temps modernes » durant la phase de la révolution industrielle. L’idéologie libérale des années 1980 vise au contrôle des esprits pour accompagner le capitalisme vers la financiarisation de l’économie. Les lois du management basculent vers la gestion au détriment de la technicité, du sens du travail et du bien travailler, en engendrant une dichotomie entre les gestionnaires et le réel, un management désincarné.

Cette mutation s’accompagne d’un discours managérial qui laisse croire que « réussir sa vie professionnelle c’est réussir sa vie tout court ». L’enjeu du temps libre pour s’affranchir du lien de subordination devient incontournable pour l’émancipation.

Les propositions ci-dessous pour construire un management alternatif ont pour objectif de sortir des drames humains et des gâchis sociaux et environnementaux du Wall Street management. Elles sont issues des travaux de l’Ugict-cgt (Union générale des ingénieurs, cadres et techniciens) et ont donné lieu aux ouvrages (Pour en finir avec le Wall Street Management et Laissez-nous bien travailler).

Que propose la CGT ?

La mise en place de nouveaux droits pour l’encadrement (défini au sens large : managers, chef de projet, expert, etc.), est au cœur de la construction du management alternatif préconisé par la CGT.

Il repose sur 3 axes de construction, réhabilitant le rôle central que doit occuper le travail pour construire l’alternative au modèle dominant :

  • Reconnaissance des qualifications permettant leur plein exercice et la revalorisation de la technicité ;
  • Droits d’expression et d’intervention individuels et collectifs ;
  • Conjugaison permanente des aspects sociaux, économiques et environnementaux.

La cohérence de ces trois axes complémentaires nécessite de les faire vivre simultanément.

La reconnaissance des qualifications

Il s’agit de recouvrir le pouvoir d’agir sur le travail en permettant le plein exercice des qualifications
de chacune et chacun :

  • Par la mise en place d’espaces de discussions professionnelles, permettant d’évoquer et de résoudre les difficultés rencontrées pour exercer un travail de qualité respectant les règles de l’art de leur métier ;
  • Par l’élaboration collective des objectifs, qui doivent s’accompagner d’une discussion sur les
    incidences prévisibles et sur les moyens nécessaires ;
  • Par la discussion sur les moyens mis à disposition par l’employeur pour réaliser un travail de qualité conforme au métier ;
  • Par une évaluation du travail tenant compte de la dimension collective du travail, fondée sur des critères objectifs et transparents, et reconnaissant l’apport individuel dans ce contexte ;
  • Par la reconnaissance des qualifications et revalorisation de la technicité (y compris pour les métiers du tertiaire), et la lutte contre toutes les formes de discriminations.

Le droit d’expression

Il s’agit de permettre à l’encadrement d’intervenir pour préserver l’éthique, la qualité du travail et la confiance dans les relations de travail :

  • Par un management qui doit être orienté vers la restauration du collectif de travail, lui-même tourné vers le partage de l’expérience et du sens ;
  • En garantissant la liberté d’expression, notamment lors des réunions professionnelles. Les discussions collectives sur l’organisation du travail et la marche de l’entreprise doivent permettre l’expression des potentialités de création de chacun ;
  • En reconnaissant le rôle contributif des cadres afin que le travail ne soit pas facteur de souffrance et d’aliénation, mais un moyen d’humaniser, une forme d’épanouissement des femmes et des hommes où chacun éprouve sa liberté par la création individuelle et collective ;
  • En reconnaissant un droit d’alerte et de propositions alternatives afin de pouvoir refuser de mettre en oeuvre une directive contraire à l’éthique.

Conjugaison des aspects sociaux, économiques et environnementaux

Il s’agit de promouvoir les capacités de créativité de chacune et chacun afin de construire un
développement intégrant efficacité économique, sociale et environnementale :

  • Avec des choix stratégiques, consolidant l’emploi, la reconnaissance des qualifications, la citoyenneté dans l’entreprise et l’exercice des libertés syndicales, y compris dans les entreprises sous-traitantes ;
  • En ayant un encadrement professionnellement engagé et socialement responsable doté de nouveaux droits ;
  • En développant la transparence des décisions, ainsi que le renforcement de l’information et de la consultation des salarié-e-s et de leurs représentants, y compris des entreprises sous-traitantes ;
  • En mettant en place un droit suspensif sur les grandes décisions concernant l’emploi ;
  • En définissant des plans d’actions sur les enjeux prioritaires sur la Responsabilité Sociale des
    Entreprises, avec suivi d’indicateurs, sur la base d’accords négociés avec les organisations
    syndicales.

Rien n’est écrit d’avance, surtout lorsqu’on cherche à écrire nous-même l’avenir en construisant les droits nouveaux.

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